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dimanche 17 novembre 2013

After the Dream, 2013

C'est rigolo, en même temps que mon retour aux aiguilles et pelotes, je découvre l'expo de Chiharu Shiota au Carré Sainte-Anne.
Cinq longues robes blanches prises au sein d'un enchevêtrement de fils de laine noire, un décor de conte de fées, onirique et un peu inquiétant, qui donne à la fois de se jeter dans cette toile d'araignée géante, rien que pour voir si on peut y rebondir ou s'y glisser. Ou bien, trouver le fil, et le suivre entre les piliers, entre les robes. Cocon, protecteur ou toile d'araignée piégeuse ? Dommage, aujourd'hui était le dernier jour de l'exposition pour se faire une idée.







Ca ressemblait fort à un décor de théâtre, et ça m'a plu...

Lien un peu facile, mais ce sera une chanson de l'album 'Le fil' :

lundi 29 juillet 2013

Bamboleo, bambolea

Mon cher et tendre est le genre d'homme à avoir une guitare.
Et à en jouer. Et à ne pas vouloir se cantonner au rôle d'accompagnateur de chansons de feu de camp. 
Donc, pour un peu de technicité et en souvenir de ses deux années passées en Espagne, il a choisi le flamenco.
Alors, quand il me propose une soirée flamenco au Domaine d'O, j'hésite un peu (4 heures de guitare espagnole, vraiment ?), mais comme j'aime beaucoup le cadre de la soirée (et mon cher et tendre, ça va de soi), nous voilà partis samedi soir pour la soirée "Au temps des gitans".

Je n'avais que survolé la description, mais l'intitulé de la soirée, le cadre, et Manitas de Plata (mains d'argent en espagnol) comme invité d'honneur, j'avais plutôt confiance. Je gardais le souvenir d'une soirée flamenca où j'avais trouvé le temps un peu long, car peu familière du genre, j'avais quelques difficultés sur la durée avec les voix masculines. Il faut dire que l'ennui, sur une soirée d'un seul genre musical, je connais. Ecouter un concert de fado, au-delà de 3/4 d'heure, je commence à divaguer. Même réaction sur un concert de musique indienne, où j'avais été époustouflée par la technicité des musiciens.

La pinède, sympa pour pique-niquer avant le concert

Arrivés sur place, on nous annonce un peu de retard, ce qui nous permet de prendre un verre sous la pinède, dans une ambiance guinguette familiale. Plus tard, nous prenons place dans l'amphithéâtre, et commence la première partie : danse flamenca par le ballet "Las Estrellas del Sur". Première surprise : elles dansent sur une bande-son. Un peu dommage quand on sait qu'il y a 30 guitaristes en coulisses. Passons, la musique est variée, à peine trop forte pour qu'on entende les talons claquer sur le plancher, mais les danseuses sont belles, gracieuses, et les regarder se cambrer m'a rappelé toute la douleur que peut provoquer un lumbago !

Les danseuses s'effacent, les musiciens arrivent. Manito de Plata ne peut être sur le plateau, ce virtuose de 92 ans ayant eu un malaise. Nino Baliardo et Gipsy Dinasty jouent et chantent des airs qui nous paraissent étrangement familiers... Le cher et tendre sort son smartphone de sa poche, et fait une petite recherche sur google... Il s'avère que Nino Baliardo est le neveu de Manita de Plata et un ancien membre des Gipsy Kings.

Nous étions en train de voir un concert des Gipsy Kings sans le savoir !

Nina Baliardo à l'époque où il était encore Nino de Suerte

Quoiqu'on pense de ce groupe phare des années 1980, ce n'était pas ce que nous pensions voir sur scène. Le titre du spectacle, "Au temps des gitans" évoque clairement la musique des Balkans de Goran Bregovic, et Manitas de Plata est un joueur de flamenco traditionnel. Or les Gipsy Kings ne jouent que d'un seul courant spécifique de flamenco : la rumba (autrement appelée par mon cher et tendre le chiki-boum et tadak-tam-toum). Ce genre n'est pas forcément représentatif du flamenco, mais il a été très populaire. Nous avions compris assez vite que nous n'entendrions pas du flamenco traditionnel en voyant sur scène une batterie, des congas, une basse, mais aucun cajon. Un peu déçus car nous ne nous étions pas renseignés assez sur le contenu de la soirée, nous avons tout de même apprécié l'énergie dépensée sur scène, par Nino Baliardo, ses musiciens et les danseuses.




jeudi 25 juillet 2013

Y être et en être... mes impressions d'Avignon




Descendre du train derrière une contrebasse,
Penser être devant un énOOOrme mur d'affiches, et se rendre compte 10 mètres plus loin qu'il y a d'autres murs bien plus hauts,
Croiser Jean-Michel Ribes en panama rose fluo,
Donner des tracts, en recevoir bien plus encore,
Regarder la sérénité de photos de landart,
Discuter de tout et de rien, et surtout de rien,
Retrouver les amis et anciens collègues,
Voir un lapin danser sur scène, mais un ours aussi,
Oublier de fabriquer les yeux,

Un cri d'hirondelle entre deux notes de piano,
Un phasme criant de réalisme,
Des histoires d'enfants à lire aux animaux.


lundi 6 mai 2013

L'écume des jours



De l'oeuvre de Boris Vian, je garde le souvenir d'un livre à la couverture noire cartonnée, et dont la reliure encollée était "cassée" par mes lectures successives. Je devais avoir à peu près 12 ans quand j'ai découvert ce texte. 
L'écriture de Boris Vian faisait naître des images très fortes : le héros descend littéralement les escaliers 4 à 4, et donc, 3 marches sur 4 étaient complètement neuves, n'ayant pas à subir l'usure de son pas énergique. J'étais dégoûtée par l'anguille de tuyauterie dont on fait du pâté, j'étais admirative devant le pianocktail, tout en ne comprenant pas comment c'était possible, et j'étais envieuse devant les boutons de Colin, qui en se voyant dans le miroir se trouvaient si laids qu'ils rentraient se cacher sous la peau. 
Et surtout, surtout, l'amour de Colin pour Chloé semblait si fort qu'il pouvait tout, y compris la sauver du méchant nénuphar vivant dans sa poitrine. 

Quand j'ai appris que Michel Gondry allait adapter ce roman au cinéma, ça a été une évidence : oui, il n'y a que lui qui pouvait avoir la sensibilité et l'ingéniosité nécessaires à l'adaptation d'un tel classique. 

Et ça marche vraiment. 

Si au début du film, j'ai craint le rythme effréné, les couleurs criardes et les personnages un peu trop stéréotypés, tout l'humour, la sensibilité, la beauté et l'humanisme du roman de Boris Vian sont respectés et retransmis dans le film. L'anguille n'y est pas si répugnante, le pianocktail fonctionne vraiment et on ne rêve que d'y goûter, et Colin se taille bien les paupières pour ajouter du mystère à son regard. Pour la cruauté de la maladie, la dureté d'un monde où seul compte l'argent, où les philosophes sont des stars addictives et aliénantes, pour l'absurdité d'un travail qui use les corps, tout y est aussi.

C'est beau, c'est triste et cruel. Et ça me donne envie de relire l'histoire d'amour de Colin et Chloé, mais aussi de trouver une bonne biographie de Boris Vian. Parce que, en voyant le film de Gondry, on comprend bien que l'Ecume des jours, c'est déjà à la fois la Complainte du Progrès, le Déserteur, et un morceau de Duke Ellington.